Histoire de Marrakech

Marrakech (Mourrakouch) fut fondée en l’an 1071 (an 463 de l’Hégire) par le souverain almoravide Youssef Ibn Tachfin3. Le nom de Marrakech vient du tamazight Mour qui signifie «pays» et Akouch qui veut dire «Dieu», ce qui donne «la terre de Dieu». Une autre étymologie donne l’interprétation de «terre de parcours».

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Très vite, à Marrakech, sous l’impulsion des Almoravides, pieux guerriers et austères savants venus de l’actuel désert mauritanien, de nombreuses mosquées et médersas (écoles de théologie coranique) furent construites, ainsi qu’un centre commercial drainant le trafic entre le Maghreb occidental et l’Afrique subsaharienne. Marrakech grandit rapidement et s’imposa comme une métropole culturelle et religieuse influente, supplantant Aghmat et Sijilmassa.

Des palais furent édifiés également et ornés avec le concours d’artisans andalous venus de Cordoue et de Séville, qui apportèrent le style omeyyade caractérisé par des coupoles ciselées et des arcs polylobés. Cette influence andalouse fusionna avec les éléments sahariens voire ouest-africains et fut synthétisée dans une architecture originale totalement adaptée à l’environnement spécifique de Marrakech. La ville devint la capitale de l’Émirat almoravide qui s’étendait des rives du Sénégal jusqu’au centre de l’Espagne et du littoral atlantique jusqu’à Alger.

La cité fut ensuite fortifiée par le fils de Youssef Ibn Tachfin, Ali Ben Youssef, lequel fit édifier vers 1122-1123 des remparts encore visibles.

En 1147 les Almohades, partisans d’un Islam orthodoxe et issus des tribus masmoudas du Haut-Atlas, s’emparèrent de la ville. Les derniers Almoravides furent exterminés sauf ceux qui s’exilèrent aux îles Baléares (famille des Beni Ghania). En conséquence la presque totalité des monuments fut détruite. Les Almohades construisirent de nombreux palais et édifices religieux, comme par exemple, la célèbre mosquée de la Koutoubia bâtie sur les ruines d’un palais almoravide, et sœur jumelle de la Giralda de Séville et de la tour Hassan (inachevée) de Rabat.

La Casbah abrita la résidence califale (depuis le règne d’Abd al-Mumin le souverain almohade portait le titre de calife, rivalisant ainsi avec le lointain califat oriental des Abbassides), agrémentée d’un hôpital qui attira le médecin andalou Ibn Tufayl. De l’ensemble majestueux de la Casbah mansourienne, nommée ainsi d’après le calife Abu Yusuf Yaqub al-Mansur, subsiste encore la superbe porte de Bab Agnaw. Marrakech fut ainsi digne d’abriter la capitale de la puissance majeure de l’Occident musulman méditerranéen de l’époque, l’Empire almohade qui englobait toute la région comprise entre Cordoue et Tripoli, de l’Espagne jusqu’à la Libye.

Afin d’alimenter la palmeraie et les grands jardins, un système d’irrigation fut édifié et perfectionné. Marrakech, par rayonnement culturel attira de nombreux écrivains, intellectuels et artistes venus notamment d’Andalousie, dont notamment le célèbre Averroès, connu pour avoir abondamment commenté et réinterprété l’œuvre du philosophe grec Aristote.

En 1269, Marrakech fut conquise par les nomades zénètes aux dépens des derniers Almohades. Lorsque survint l’avènement de la dynastie mérinide, Marrakech tomba dans une certaine léthargie, et son déclin entraîna la perte de son statut de capitale au profit de sa grande rivale Fès.

Marrakech-Koutoubia_1919

Au début du xvie siècle, Marrakech devint la capitale de l’Empire saadien, après avoir été le siège des émirs Hintata. Elle renoua rapidement avec son apogée, en particulier sous le règne des sultans Mohammed El Mahdi et Ahmed al-Mansur Saadi. Grâce à la fortune amassée suite à la conquête de Tombouctou, Marrakech fut embellie, les monuments en ruine alors restaurés et de somptueux palais édifiés. Le palais El Badi élevé par Ahmed al-Mansur, était une réplique de l’Alhambra, réalisée avec les matériaux les plus précieux provenant d’Italie (marbre), d’Afrique de l’Ouest (poudre d’or), d’Inde, (porphyre) et même de Chine (jade). Le Badi frappa également les contemporains par sa Kubbat al Jujjaj, sa « coupole de verre » réalisée en cristal translucide. Mais tout ceci devait disparaître, démantelé sur ordre du sultan Moulay Ismail vers 1695.

Ce palais était avant tout destiné aux réceptions fastueuses offertes aux ambassadeurs venus d’Espagne, d’Angleterre et de l’Empire ottoman, reconnaissant le Maroc saadien comme une puissance incontournable qui s’étendait de la mer Méditerranée jusqu’au fleuve Niger et régnait sur l’ancien empire songhaï du Mali, grande région productrice d’or. Sous le règne de la dynastie saadienne, Marrakech retrouva ainsi son rôle de point de contact entre le Maghreb, le bassin méditerranéen et le monde africain subsaharien, par le biais des routes caravanières.

À la fin du XVII siècle, la dynastie alaouite succéda aux Saadiens. Le trône fut successivement transféré à Fès puis à Meknès, nouvelle ville impériale. Le sultan Mohammed III (1757-1790) choisit la ville comme lieu de résidence principale, en raison de la proximité du port de Mogador (actuelle ville d’Essaouira) qu’il faisait édifier sur les plans de l’architecte français Théodore Cornut. C’est en outre à Marrakech que fut conclu en 1787 le premier traité d’amitié entre le Maroc et les États-Unis nouvellement indépendants. En 1792, Marrakech devint la capitale d’un fils de Mohammed III, Hicham, qui se fit reconnaitre comme sultan par cette partie du pays tandis que son frère Sulayman était reconnu sultan légitime à Fès par les oulémas et par les provinces au nord du fleuve Oum Errabiaa. Il s’ensuivit une guerre entre les deux sultans rivaux, qui s’acheva par la défaite de Hicham en 1796, malgré le soutien espagnol dont il bénéficiait. Marrakech fut reconquise par Sulayman en 1797 et la ville réintégra le territoire du makhzen officiel de Fès.

Au début du XX siècle, Marrakech connut plusieurs années de troubles. Après la mort du grand-vizir Ba Ahmed en 1900, véritable régent de l’Empire chérifien durant la minorité du jeune sultan Abd al-Aziz, le pays était en proie à l’anarchie, aux révoltes tribales, aux complots des grands féodaux, sans compter les intrigues européennes. En 1907, Moulay Abd al-Hafid, khalifa (représentant du makhzen) à Marrakech fut proclamé sultan par les puissantes tribus du Haut-Atlas et par certains oulémas qui niaient la légitimité de son frère Abd al-Aziz. C’est également en 1907 que fut assassiné un médecin français installé à Marrakech, le docteur Mauchamp, suspecté d’espionnage au profit de son pays. La France saisit cette affaire pour faire pénétrer ses troupes au Maroc, depuis Oujda à l’est et Casablanca à l’ouest.

L’armée coloniale française se heurta néanmoins à une solide résistance animée par Ahmed al-Hiba, un fils du grand cheikh Ma El Aïnin monté du Sahara avec ses guerriers nomades issus des tribus Reguibat. Après la bataille de Sidi Bou Othmane, qui vit la victoire de la colonne Mangin sur les forces d’al-Hiba (septembre 1912), les Français s’emparèrent de Marrakech qui entra ainsi dans le protectorat français du Maroc instauré depuis mars 1912. La conquête avait été facilitée par le ralliement des tribus Imzwarn et de leurs chefs appartenant à la puissante famille des Glaouis.

L’un d’entre eux, Thami El Glaoui, devint célèbre en accédant au poste de pacha de Marrakech, fonction qu’il occupera pratiquement durant toute la durée du protectorat (44 ans). Le pacha Glaoui s’illustra par sa collaboration avec les autorités de la résidence générale, qui trouva son point d’orgue avec le complot visant à détrôner Mohammed Ben Youssef (Mohammed V) pour le remplacer par le cousin du sultan, Ben Arafa.

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Thami El Glaoui, déjà réputé pour ses fréquentations prestigieuses et son train de vie fastueux, digne d’un véritable monarque, devint ainsi un symbole marquant de l’ordre colonial et colonialiste au Maroc. Il ne put néanmoins s’opposer à la montée en puissance du sentiment nationaliste, ni de l’hostilité d’une part croissante de la population. Il ne put non plus s’opposer aux pressions de la France, qui consentit à se défaire de son protectorat marocain en raison du désastre de la guerre d’Indochine et du début de la guerre d’Algérie. Après deux exils successifs (en Corse puis à Madagascar), Mohammed Ben Youssef fut autorisé à rentrer au Maroc (novembre 1955), et ce retour signa la fin du règne despotique du Glaoui sur Marrakech et sa région.

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